Apple décide de retirer le chargeur des boîtes du MacBook Pro M5 en Europe : une décision controversée qui renforce l’idée d’un tournant dans la stratégie matérielle de la marque.
Depuis 2020, Apple a pris l’habitude de ne plus inclure de chargeur avec ses iPhones. Cette pratique, défendue au nom de l’écologie et de la réduction des déchets électroniques, fait aujourd’hui un saut plus audacieux : elle touche désormais les ordinateurs portables. Avec le lancement du MacBook Pro M5, Apple a décidé que l’accessoire d’alimentation ne ferait plus partie du package pour les clients européens.
Pourquoi ce retrait ?
Pour Apple, c’est une affaire de petits gestes cumulés : économiser sur les chargeurs, réduire la taille des boîtes, alléger le transport, éviter les redondances si l’utilisateur a déjà un adaptateur compatible. C’est un calcul économique doublé d’un argument environnemental — du moins sur le papier.
Mais appliquer cette logique aux ordinateurs suscite davantage de doutes : un chargeur pour un MacBook doit fournir une puissance bien plus élevée (souvent 67 W, 96 W, voire plus) que pour un smartphone. Or, posséder un adaptateur USB-C chez soi ne garantit pas qu’il soit compatible ou assez puissant pour supporter un MacBook Pro. Apple l’admet elle-même : le 30 W qui suffirait pour un iPhone serait insuffisant pour ce type de machine.
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Une stratégie européenne singulière
Dans certaines régions — notamment en Europe — le MacBook Pro M5 est désormais commercialisé sans chargeur dans la boîte. Ce retrait ne s’applique pas dans tous les territoires : les clients hors Europe continuent parfois de recevoir un adaptateur 70 W USB-C avec leur appareil, selon les informations disponibles.
Quant à savoir si ce geste est imposé par une réglementation européenne, la réponse est nuancée. Ce n’est pas une obligation de retirer le chargeur, mais l’Union européenne exige que les fabricants offrent la possibilité d’acheter certains appareils sans chargeur inclus — une disposition visant à limiter les déchets inutiles. Apple a donc choisi une voie radicale : retirer le chargeur pour toute sa clientèle européenne du modèle concerné, plutôt que proposer une option.
Les enjeux pour l’utilisateur
Pour l’acheteur d’un MacBook Pro en Europe, cela change la donne. Celui qui s’attend à recevoir la machine « prête à l’emploi » devra désormais prévoir un budget pour l’adaptateur. Le tarif du chargeur officiel n’est pas négligeable — dans certains pays européens, le modèle 70 W USB-C est affiché à un prix autour de 59 £ (~70-80 €) selon les annonces.
Ce retrait suscite des interrogations : est-ce un faux pas marketing, un pas forcé par les économies, ou un repositionnement stratégique durable ? Dans tous les cas, le consommateur voit sa perception du « produit complet » se redéfinir.
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Un geste amoindri par un ajustement tarifaire
Curieusement, Apple accompagne ce retrait par une légère baisse de prix du MacBook Pro M5 en Europe. L’ancien modèle MacBook Pro M4 coûtait 1 899 €, le nouveau M5 démarre à 1 799 €. Cette réduction — volontaire ou compensatoire — peut être vue comme un adoucissement de la pilule : retirer le chargeur tout en rendant le PC légèrement plus accessible. Cela rend l’argument de l’économie interne (après-vente, packaging) plus crédible aux yeux du public.
Conclusion
Avec la suppression du chargeur dans les boîtes européennes du MacBook Pro M5, Apple franchit un palier dans sa stratégie minimaliste. Le geste peut se défendre du point de vue écologique ou logistique, mais il heurte l’attente d’un produit « complet » pour le même prix.
Ce choix marque aussi une nouvelle frontière : jusqu’où faut-il accepter qu’un constructeur rationalise l’offre de base ? Si la baisse de prix atténue le choc, le vrai défi pour Apple sera de convaincre ses clients que ce retrait ne nuit pas à l’expérience globale — et de tracer la ligne entre économies internes et satisfaction utilisateur.

